L’orthèse d’avancée mandibulaire : quelle place ?

La place de l’orthèse d’avancée mandibulaire dans la prise en charge de l’apnée du sommeil

Questions posées au Dr François THIBULT, chirurgien-dentiste à Bordeaux

Qu’est-ce qu’une orthèse d’avancée mandibulaire (OAM) ? Comment agit-elle ?

Dr FT : une OAM est comme un protège dent (en moins volumineux) dont les parties supérieures et inférieures peuvent être déplacées et fixées entre elles, pour maintenir la mâchoire inférieure (la mandibule) dans une position plus avancée que la normale.

L’avancée de la mandibule à laquelle est rattachée la langue permet d’ouvrir les voies aériennes en empêchant que la chute de la langue au fond de la gorge (pendant le sommeil) ne vienne obstruer les voies respiratoires.

Dans quelles conditions est-elle recommandée aux personnes qui font de l’apnée du sommeil ?

Dr FT : En France, selon la Haute Autorité de Santé (HAS, 2014) l’usage de l’OAM est recommandé :

  • en première intention lorsque l’IAH [1] est compris entre 15 et 30 (apnée du sommeil légère ou modérée) et en l’absence de maladie cardiovasculaire grave associée.
  • en deuxième intention pour le traitement d’une apnée du sommeil sévère (IAH > 30), après le refus ou intolérance à un traitement par PPC (une machine avec un masque).

Certaines personnes voyageant beaucoup, dans des endroits où la présence d’une prise électrique n’est pas garantie, peuvent aussi profiter de ce système en remplacement temporaire de leur traitement habituel.

A qui doit-on s’adresser pour obtenir ce traitement ?

Dr FT : C’est le médecin ayant constaté les apnées du sommeil qui orientera le patient vers un chirurgien-dentiste ou un médecin spécialiste. Le patient doit se rendre ensuite chez le praticien pour voir si son support dentaire est suffisant pour accepter le dispositif, ou s’il doit réaliser des soins auparavant.

Quelles sont les différences de l’OAM avec la machine à pression positive continue (PPC) ?

Dr FT : Selon la HAS, une orthèse bien réglée est aussi efficace que la PPC sur la tendance à l’endormissement ressentie la journée (score de somnolence diurne). La PPC démontre toutefois une plus forte baisse des événements respiratoires nocturnes.

Mais l’orthèse possède beaucoup d’avantages dans l’appropriation par le patient : simplicité d’utilisation, discrétion (pour la vie nocturne), liberté dans les mouvements la nuit, et meilleure acceptation psychologique. Il y a un rapport efficacité / contrainte très favorable, ce qui fait que les patients ont une bonne observance (port régulier et sur le long terme).

L’OAM peut-elle être prise en charge par l’assurance maladie ?

Dr FT : Aujourd’hui, seuls trois dispositifs sont remboursés par la sécurité sociale [2]. Le dispositif est alors pris en charge par l’assurance maladie [3] dans son coût de fabrication (si une demande est effectuée selon certains critères par le médecin du sommeil), mais pas dans son coût de production et de réglages (honoraires du chirurgien-dentiste)[4].

Il est en effet étrange de constater, que pour un dispositif reconnu scientifiquement dans son efficacité, et dont l’acte figure à la nomenclature médicale, les législateurs n’ont pas jugé utile de mettre ne serait-ce qu’un remboursement symbolique, pour qu’au moins les complémentaires puissent intervenir. De même par rapport au service rendu à la santé des patients, il est tout aussi curieux de voir que les complémentaires ne proposent pas un forfait à leurs assurés pour ce type d’acte.

Utiliser une OAM est-ce suffisant pour soigner son apnée du sommeil ?

Dr FT : Tout dépend du type d’apnées du sommeil, mais si elle est prescrite, et qu’elle permet au patient de revenir dans des niveaux d’événements nocturnes compatibles avec une vie normale, alors oui, l’orthèse est suffisante pour gérer le problème. N’oublions pas que s’il existe d’autres origines aux apnées (surpoids, obstacles anatomiques, hygiène de vie…), il faudra aussi les corriger pour gérer le problème de la façon la plus efficace.

L’important est de rentrer dans un processus vertueux, grâce aux dispositifs (orthèse ou PPC). Je dors mieux, donc je réfléchis mieux, et je bouge plus. Je retrouve une vie sociale normale, ce qui me permet de corriger ce qui peut l’être.

Avez-vous un message à faire passer ?

Dr FT : De par les soins orthodontiques que je réalise au quotidien, je soigne les enfants comme des adultes en devenir dans l’objectif qu’il n’y ait plus d’obstacles à une respiration normale, parce qu’un enfant qui respire bien est un enfant qui grandit bien. Cela nécessite un travail en étroite collaboration entre ORL, chirurgiens, kinésithérapeutes et orthophonistes.

La prévention des apnées du sommeil passe par la consultation systématique d’un orthodontiste, dès 7 ans, et si possible avant le pic de croissance des enfants, pour pouvoir intervenir sur les problèmes de taille ou les décalages des maxillaires. Pour l’adulte, si un décalage des maxillaires est présent (menton en retrait), on pourra proposer une solution chirurgicale, avec accompagnement orthodontique, permettant l’amélioration des symptômes, voire leur disparition.

 

[1] Indice d’apnée hypopnée (IAH)

[2] Il s’agit des orthèses Narval, Orthosom et Tali. Dans un prochain numéro nous reviendrons sur les différents types d’OAM existantes.

[3] Le remboursement varie selon le régime de sécurité sociale. Pour les salariés, il correspond en général à 65% du montant de la facture. Il convient de bien se renseigner auprès de son régime de sécurité sociale.

[4] Renseignez-vous auprès de lui car le coût peut varier selon le praticien.

*Visuel utilisé avec l’autorisation de ResMed

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