Apnées du sommeil et somnolences en journée : apprenez à reconnaître les signes !

Yeux qui piquent, paupières lourdes, bâillements… Pas besoin d’un avis médical pour reconnaître ces signes : c’est l’appel de Morphée ! En terme médical, ce besoin de dormir s’appelle la somnolence. Un tiers des accidents mortels de la route sont dus à la somnolence. Un symptôme fréquent chez les patients souffrant d’apnées du sommeil[1] et qui persiste chez 13% d’entre eux malgré un traitement par pression positive continue bien conduit.

Pour autant, ce symptôme n’est pas systématiquement signalé au médecin : sous-estimation des risques associés, peur de perdre son emploi, fatalisme… Les raisons sont multiples et sont autant de pertes de chance de bénéficier d’une prise en charge adaptée.

Afin de sensibiliser sur ce symptôme et les solutions existantes pour y faire face, Alliance Apnées du Sommeil lance une grande campagne de sensibilisation.

L’apnée du sommeil, un trouble du sommeil fréquent 💤

L’apnée du sommeil – ou syndrome d’apnées hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS) – est une maladie chronique fréquente, qui se caractérise par la survenue, au cours du sommeil, de pauses respiratoires fréquentes et anormales (apnées) ou d’une respiration superficielle (hypopnées) dues, la plupart du temps, à un relâchement des muscles du pharynx et au blocage total ou partiel de la respiration.

Ces pauses respiratoires entraînent une baisse du niveau d’oxygène dans le sang, des micro-éveils répétés et une fragmentation du sommeil, qui ne sont pas toujours perçus par le patient mais qui entraînent fatigue et somnolence.

Fatigue et somnolence, deux symptômes à ne pas confondre

Il convient de bien distinguer ces deux termes. Selon le Dr Marc Sapène, pneumologue et président d’Alliance Apnées du Sommeil, « La fatigue correspond à la difficulté à maintenir une performance, elle se manifeste par des douleurs musculaires, le regard fixe, une raideur de la nuque. La somnolence, c’est la difficulté à rester éveillé, avec un risque d’endormissement important ; elle est due à un manque ou une mauvaise qualité de sommeil. Son seul traitement naturel, c’est de dormir, tandis que la fatigue sera corrigée par du repos ».

Des patients qui restent somnolents malgré un traitement bien conduit 😴

Le traitement de référence de l’apnée du sommeil consiste à l’utilisation d’une ventilation en pression positive continue (PPC) pendant la nuit. Ce traitement qui permet d’éviter les pauses respiratoires est efficace contre la fatigue et la somnolence pour la majorité des patients[2]. Cependant, 13 % des patients traités par PPC restent somnolents malgré un traitement bien conduit. On parle alors de somnolence résiduelle3.

La somnolence résiduelle peut être cause d’irritabilité ou encore d’une baisse de la libido, dont les conséquences sur les plans social, familial et professionnel ne sont pas à négliger.

La somnolence à l’origine d’accidents graves

La somnolence peut augmenter le risque d’accidents de la route, d’accidents du travail, faire baisser les performances et augmenter l’absentéisme. « Les gens ne mesurent pas la gravité de la somnolence, regrette le Dr Marc Sapène. Les personnes qui travaillent comme grutiers, pilotes d’avion ou responsables de PC sécurité par exemple, prennent non seulement un risque pour elles-mêmes mais, par la nature de leur profession, mettent également en danger la vie des autres ».

En tête des situations les plus à risque figure sans conteste la conduite automobile : selon les données de la Sécurité routière, la somnolence est ainsi responsable d’un tiers des accidents mortels de la route[3]. Et d’après une étude menée auprès de personnes souffrant d’apnée du sommeil, ces dernières présentent un risque d’accident de la route 5 fois plus élevé que la population générale[4].

Malgré un traitement par PPC efficace, il arrive que la somnolence réapparaisse !

Quand consulter ❓

« La somnolence est normale lorsqu’elle survient le soir avant le coucher, après la pause déjeuner, au lendemain d’une courte nuit ou dans les mois qui suivent l’arrivée d’un bébé, explique le Dr Marc Sapène. Elle devient pathologique lorsqu’elle survient quotidiennement, à n’importe quel moment de la journée, et interfère avec les activités quotidiennes. Elle doit alors faire l’objet d’une consultation médicale. »

La somnolence diurne peut être évaluée à l’aide du test d’Epworth (faire le test). Ce test permet, en quelques minutes, d’établir un score de somnolence. Supérieur ou égal à 10, ce score caractérise une somnolence diurne pathologique. On parle de somnolence diurne excessive (SDE).

La SDE chez un patient traité pour un SAHOS doit donner lieu à des explorations complémentaires par un médecin spécialiste du sommeil :  « Le médecin doit rechercher la cause de cette somnolence résiduelle, indique le Dr Marc Sapène. Pour cela, il va, avant tout, chercher à confirmer le diagnostic d’apnées du sommeil, quantifier le degré de somnolence par le calcul du score d’Epworth et vérifier que le traitement par PPC est efficace en contrôlant l’index résiduel d’apnées/hypopnées. »

L’interrogatoire du patient est, par ailleurs, indispensable pour explorer d’autres pistes comme un manque d’observance potentiellement lié à une mauvaise tolérance du traitement – près de la moitié des patients ont abandonné la PPC à 3 ans de la prescription[5] – et/ou une mauvaise hygiène de sommeil (horaires de coucher et de lever irréguliers, durée insuffisante, consommation d’alcool ou d’excitants), et rechercher d’autres causes, poursuit le spécialiste.

👉 Une fois ces pistes explorées et éliminées, il resterait encore 6 % de somnolence résiduelle[6], sans causes identifiées, pour lesquelles il existe des prises en charge adaptées qui permettent de pallier ce trouble aux conséquences potentiellement graves[7].

La prise en charge de la somnolence résiduelle : un enjeu de santé publique

Vous ressentez une fatigue excessive, souffrez d’endormissements en pleine journée, etc. ?

👉 Consulter son médecin dès les premiers signes de somnolence est essentiel chez les personnes souffrant d’apnée du sommeil. Après avoir ressenti un grand bénéfice du traitement par PPC, certains symptômes de fatigue et de somnolence peuvent réapparaitre. Des solutions existent ! En parler à son médecin est essentiel afin de prévenir des risques majeurs et multiples, notamment sur la route.

Références

[1] Gasa M, et al. Residual sleepiness in sleep apnea patients treated by continuous positive airway pressure. J Sleep Res. 2013;22(4):389-97

[2] Tomfohr et al. Effects of Continuous Positive Airway Pressure on Fatigue and Sleepiness in Patients with Obstructive Sleep Apnea: Data from a Randomized Controlled Trial. Sleep. 2011 Jan 1; 34(1): 121–126

[3] La Somnolence au volant, Livre blanc (INSV & AFSA, 2013).

[4] Sabil A, et al. Risk Factors for Sleepiness at the Wheel and Sleep-Related Car Accidents Among Patients with Obstructive Sleep Apnea: Data from the French Pays de la Loire. Sleep Cohort. Nat Sci Sleep. 2021;13:1737-1746.

[5] CPAP Therapy Termination Rates by OSA Phenotype: A French Nationwide Database Analysis, Pépin et al., Journal of clinical medicine,2021, 10, 936

[6] Prevalence of residual excessive sleepiness in CPAP-treated sleep apnoea patients: the French multicentre study, JL Pépin et al. Eur Respir J 2009; 33: 1062–1067

[7]Investigation and management of residual sleepiness in CPAP-treated patients with obstructive sleep apnoea: the European view, S Craig et al, Eur Respir Rev 2022; 31: 210230