L’apnée du sommeil chez la femme : quelles particularités ?

Questions posées au Dr Marie-Françoise VECCHIERINI, neuropsychiatre à Paris

1. Quelle est la fréquence de l’apnée du sommeil chez la femme ?

Chez la femme, la fréquence des troubles respiratoires au cours du sommeil a augmenté depuis les années 2000 à aujourd’hui. Ce constat s’explique par un meilleur dépistage des formes légères à modérées d’apnée du sommeil (voir ci-dessous).

Selon la dernière enquête réalisée en Suisse, 23,4% des femmes souffrent d’un trouble respiratoire nocturne (défini par un index d’apnées-hypopnées – IAH (1) –

supérieur à 15 par heure). Cette fréquence varie selon la sévérité des troubles et avec l’âge :- Dans les formes légères (IAH compris entre 5 et 15) la fréquence est supérieure à 30% avant 60 ans et  supérieure à 40% après 60 ans.

– Dans les formes modérées (IAH compris entre 15 et 30), elle est d’un peu plus de 10% avant 60 ans et de 20% après 60 ans.

– Enfin, dans les formes sévères la fréquence passe de 2% avant 60 ans à plus de 10% ensuite. A 60 ans, la grande majorité des femmes sont ménopausées.

La grossesse est également une période au cours de laquelle la fréquence des troubles respiratoires augmente, sachant que certains sont réversibles.

Enfin il faut se rappeler que si à l’IAH on ajoute un symptôme clinique tel une somnolence excessive en journée (diurne) ou un score d’Epworth (2) supérieur à 10, la fréquence chute à 4% chez les femmes.

 

2. Quelles sont les causes de l’apnée du sommeil chez la femme ? Se distinguent-elles de chez l’homme ?

Rappelons que l’apnée du sommeil est le plus souvent la conséquence d’un blocage au passage de l’air dans les voies aériennes supérieures (nez/gorge).

Plusieurs différences, à la fois anatomiques et physiologiques, peuvent expliquer les différences de fréquence de l’apnée du sommeil entre les hommes et les femmes.

Chez la femme, l’espace aérien, par lequel  passe l’air passe, est plus petit que chez l’homme mais présente moins de risque de se fermer. De plus, en cas d’obésité, la répartition des graisses affecte moins le pharynx chez la femme (un excès de graisse dans cette zone peut être un obstacle au passage de l’air).

 

Traitement apnée du sommeil femme

Visuel utilisé avec l’autorisation de ResMed

3. Quels sont les signes de l’apnée du sommeil chez la femme ? Sont-ils les mêmes que chez l’homme ?

Si l’on considère une population touchée par une forme sévère d’apnée du sommeil, les signes classiques de la maladie, qui se manifestent le jour et la nuit, sont retrouvés chez les femmes : les reprises respiratoires bruyantes, les maux de tête au réveil, la somnolence la journée.

En revanche, en population générale, en soins primaires, les femmes notamment dans les formes légères et modérées d’apnée du sommeil, se plaignent surtout de symptômes généraux : fatigue, manque de dynamisme, parfois de dépression mais aussi d’insomnie (troubles à l’endormissement, éveils nocturnes, cauchemars…).

Il faut donc penser à rechercher l’apnée du sommeil derrière ces signes « trompeurs » chez la femme, surtout après la ménopause. On notera, en particulier, que les femmes se plaignent fort peu d’être somnolentes.

4. Quelles sont les conséquences de l’apnée du sommeil chez la femme ? Sont-elles différentes de chez l’homme ?

Les conséquences délétères de l’apnée du sommeil chez la femme sont les mêmes que chez les hommes : anxiété, dépression, augmentation de la somnolence, mauvaise qualité de sommeil etc. Toutefois, le risque cardio-vasculaire serait encore plus important et la qualité de vie plus altérée.

 

5. La prise en charge pour la femme est-elle la même que pour l’homme ?
La prise en charge est globalement la même pour les 2 sexes. Outre les règles d’hygiène de vie, la chasse aux médicaments favorisant les apnées et toutes les autres solutions thérapeutiques, deux grandes options sont ouvertes quand nécessaire, la machine à pression positive continue (PPC) et l’orthèse d’avancée mandibulaire (OAM).Lorsqu’il s’agit de forme légère ou modérée d’apnée du sommeil, l’orthèse d’avancée mandibulaire est une bonne option chez la femme, quand l’état dentaire le permet.Une machine à PPC, tenant compte des particularités de la respiration chez la femme, vient d’être commercialisée par la société ResMed. En effet, d’un point de vue physiologique, des études ont montré que les femmes qui ont un syndrome d’apnée du sommeil font moins d’apnées et des hypopnées moins sévères que les hommes.Il a été montré que le traitement par PPC chez la femme améliore significativement la qualité de vie.

6. Avez-vous un message à faire passer ?

Il est important de mettre un terme à l’idée que l’apnée du sommeil est une maladie qui ne touche que les hommes. Comme évoqué, l’apnée du sommeil est aussi très fréquent chez la femme quel que soit l’âge mais surtout après la ménopause ; ceci étant lié à la prise de poids et aux modifications hormonales. Ainsi, si vous constatez des signes tels que la fatigue, maux de tête au réveil, insomnies etc. : il est important de ne pas les négliger et d’en parler à votre médecin !Les professionnels de santé aussi doivent y penser afin d’améliorer le dépistage. Il est important de poser les bonnes questions et de rechercher l’apnée du sommeil même devant des signes atypiques, notamment chez les femmes qui consultent pour symptômes d’insomnie voire de dépression.

Enfin, selon la personne, il est important de savoir adapter le traitement aux symptômes et au degré de sévérité de la maladie. Pour la femme, il est intéressant de savoir qu’une machine à PPC avec un algorithme spécifique, adapté aux troubles moins sévères, existe.

 

(1) L’index d’apnée hypopnée (IAH) correspond au nombre d’évènements respiratoires par heure.

(2) L’échelle de somnolence d’Epworth est un questionnaire qui mesure la somnolence la journée. Faites le test ici

 

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