Apnée du sommeil et vie de couple : et si on en parlait ?

L’apnée du sommeil est un trouble « invisible », sauf la nuit ! En effet, avant le diagnostic, certains signes d’alerte (des ronflements, arrêts respiratoires) peuvent vite devenir gênants au sein d’un couple. Lors de l’arrivée du traitement, et tout particulièrement de la machine à PPC et du masque, certains se posent des questions telles que : comment le traitement va t il s’intégrer dans ma vie privée ? Comment mon partenaire va-t-il réagir ?

Découvrez les commentaires et explications de nos spécialistes !
Avec la participation de :
Elisabeth Roumiguier, sexologue *

 

Apnée du sommeil et vie de couple : pourquoi en parler ?

Elisabeth Roumiguier : L’individu fonctionne dans la majorité des cas dans le sens suivant : « je vais être motivé à me soigner si j’en vois l’intérêt ». Cette affirmation est nécessaire mais pas suffisante. De nombreux paramètres  peuvent modifier cette vision des choses : la peur, l’incompréhension, le jugement de l’entourage, les résistances de l’entourage, l’ignorance, l’impatience, les idées reçues, le manque de temps, les problèmes d’organisation, les problèmes économiques, le sentiment d’injustice… Le concept d’ « observance », c’est-à-dire la bonne appropriation par le patient de son traitement, s’appuie sur la compréhension et la résolution de ces paramètres.

Nous avons interrogé nos experts sur des situations concrètes !

« Mon ami fait de l’apnée du sommeil et ronfle très fort. Je ne supporte plus de ne plus dormir. C’est dans notre couple un vrai problème, car on dort mal tous les deux. Une vraie tension ! Il doit bientôt porter un masque. Est-ce que cela va régler les problèmes de ronflement ? »

Avis de la sexologue :

En effet, le mot qui revient le plus souvent dans l’expression des personnes vivant en couple avec un conjoint ou une conjointe apnéique est « nuisance sonore ». La difficulté pour la personne souffrant d’apnée du sommeil est qu’elle n’a pas conscience de cette nuisance sonore. Ce malentendu peut créer de réelles incompréhensions de part et d’autre du couple et générer une mésentente « sourde »… Jusqu’à la mise en place de conflits qui peuvent se répercuter sur la vie affective et sexuelle du couple. Il m’arrive de recevoir des couples qui en sont à ce stade-là avec une demande de prise en charge sexologique et qui repartent de la consultation avec une orientation vers un pneumologue ! Je leur propose de les revoir ensuite pour une prise en charge, suite à la mise en place du traitement de l’apnée. Dans la majorité des cas,  les « dégâts » provoqués par la maladie sont rattrapables. Les dégâts ? Oui,  Il peut y en avoir sur l’entente du couple et sur certaines fonctions de la sexualité comme le désir, l’excitation, le plaisir, l’image de soi, les sentiments… aggravés en présence de dépression de la personne apnéique.

Avis du pneumologue :

Ce témoignage est celui de beaucoup de couples. Il arrive que les  conjoints souffrent des apnées de leurs partenaires (pauses respiratoires, respiration qui peut être forte). Ils apprécient lorsque le masque et la machine font disparaitre les ronflements et l’agitation de leur compagnon. Ils retrouvent tous les deux un bon sommeil, ce qui apaise les tensions au sein du couple.

 

« On vient de me diagnostiquer, je vais avoir une machine à pression positive continue… J’ai peur, je me demande comment je vais vivre avec. Ca va lui faire un choc à mon mari … »

Avis du pneumologue :

C’est une réaction normale chez une personne à qui on vient d’annoncer le diagnostic. Cependant, il y a une telle amélioration de la qualité de vie et du confort des nuits, aussi bien pour la personne apénique que pour le partenaire, que les inconvénients liés au masque passent le plus souvent et rapidement au niveau secondaire.

Avis de la sexologue :

L’arrivée du traitement n’est pas toujours simple non plus. J’entends « tuyaux », « ventilation », « bruit », « masque », « manque d’esthétisme », « intrusion », « attache »,  mais j’entends aussi « amélioration », « silence », « bonne humeur ». Un apprivoisement du traitement est nécessaire pour qu’il puisse s’intégrer dans le « paysage » intime du couple. Beaucoup de choses vont dépendre de la balance « avantages/inconvénients ». D’un point de vue sexologique, si une dépression est levée, les problèmes d’absence de désir s’améliorent, l’excitation et le plaisir sexuel sont à nouveau au rendez-vous, les conflits s’apaisent, l’entente et la complicité reviennent… Là le traitement ne sera que du bonheur ! Pas simple ! D’où la nécessité d’en parler librement sans se sentir jugé.

 

« Je porte le masque depuis deux semaines et ce n’est pas très… sexy. Je me trouve juste hideuse. Jamais je ne rencontrerai quelqu’un à nouveau !!  Je ne sais pas si je vais pouvoir tenir bon. »

Avis de la sexologue :

Ce qui est difficile aussi c’est de vivre seul avec le traitement. Seul, encore ce n’est pas trop gênant… En revanche ça peut devenir un casse-tête pour rencontrer quelqu’un. Pour certaines personnes le traitement s’accompagne d’une baisse de l’estime de soi. Quand on a peur du regard de l’autre pas facile de se sentir suffisamment sûr de soi pour aller vers l’autre, pour se sentir séduisant. « Qui va vouloir accepter de vivre avec moi et le traitement ? Car nous faisons corps maintenant ». « Comment en parler ? » « Je ne peux pas le cacher ». « Au début d’une relation on a envie de paraitre parfait et on pense que la personne (homme ou femme) ne nous acceptera pas comme ça ». Le fait de parler de ses appréhensions peut permettre progressivement de transformer une honte en fierté.

 

Apnée du sommeil et sexualité : un sujet tabou ?

Elisabeth Roumiguier : J’ai entendu de nombreux médecins dire que ce n’est pas facile pour eux d’aborder le sujet de la sexualité. Pour des raisons légitimes (le manque de temps, le manque de formation, le manque d’intérêt, la peur de gêner les patients,…) outre le fait que dans notre société la sexualité reste un sujet tabou.

Du point de vue du patient, il se dit que la sexualité n’est pas du ressort du médical, ou il n’ose pas en parler de peur d’être jugé, ou il ne fait pas le lien entre sa maladie et sa vie de couple, ou il attend que son médecin lui en parle…

Beaucoup de malentendus et d’idées reçues bloquent la communication sur le sujet de la santé sexuelle. Pourtant, dès lors que l’on peut en parler ou que l’on peut écouter quelqu’un en parler,  on se sent plus léger et il est plus facile d’aborder les difficultés rencontrées, du point de vue du patient ou du point de vue du médecin.

 

* Elisabeth Roumiguier est sexologue, sexothérapeute et chargée de cours à l’université Paul Sabatier Toulouse III. Elle assure des consultations en sexologie à Toulouse, Tarbes, Auch. Contact : elisabeth.roumiguier@gmail.com / Site internet : www.roumiguier-psychologie-sexologie.fr.

 

2 thoughts on “Apnée du sommeil et vie de couple : et si on en parlait ?”

  1. Bonjour,
    depuis 3 ans, j’utilise un appareil à PPC et j’en suis globalement satisfait (ma femme aussi). Mais je regrette que les informations que cet appareil produit journellement ne soient pas accessibles à l’utilisateur : elles ne me sont restituées qu’à ma demande -et seulement partiellement, lors des rendez-vous annuels avec l’opérateur ou le pneumologue, de manière synthétique. Je souhaiterais pouvoir faire la relation entre les événements d’une journée et les caractéristiques détaillées de mon sommeil. La pertinence des données moyennes qui me sont communiquées me paraît insuffisante.
    Dans l’attente de votre avis, cordialement.
    Olivier Bouquet

    1. Prend une machine Phillips avec l’application
      DreamMapper tu a tes résultats journalier enfin de tes nuit. Qui fonctionne en Wi-Fi et Bluetooth.
      Puis les resultats en Wi-Fi sont transmise directe a la personne Qui te suit et toi tu vérifie tout les matin. Ce que je fait. La qualité de ton sommeil.
      C’est tes détaillé.

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